Le mardi 26 janvier 2021
Les CAUE d’Île-de-France ont choisi en 2020 et 2021 d’approfondir la question de la réhabilitation du logement. Ce 12e séminaire de l'Observatoire de la Qualité Architecturale du Logement en Île-de-France, organisé en deux matinées (19 et 26 janvier 2021) a pour thème la rénovation énergétique.
Comment reconnaître et apprécier les qualités d’un bâti existant ordinaire, pour éviter une banalisation et la multiplication de solutions standardisées de rénovation énergétique dans le logement collectif ? Comment évaluer les qualités du bâti, au-delà de sa valeur patrimoniale ?
Cette matinée commence avec l’intervention de Franca Malservisi, architecte et docteure en histoire de l’architecture au CAUE du Val-de-Marne. Son intervention explicite les raisons pour lesquelles nous avons convoqué la dénomination “bâti ordinaire”. À partir de la présentation de plusieurs objets architecturaux et d’une définition, Franca Malservisi propose quelques observations sur la relation entre le niveau d’exigence dans le processus de projet de réhabilitation et le statut d’un bâtiment.
Tout objet construit est une ressource, d’autant plus quand il est habité !
Le projet de réhabilitation, cette commande spécifique ; c’est une vision, une stratégie, une façon de procéder, d’envisager le projet au sens large et de considérer le bâti dans toutes ces valeurs évoquées, aussi ordinaire soit-il. Alors réhabiliter plutôt que démolir ? Ne plus démolir, est-ce un postulat y compris dans la réalité climatique que nous vivons aujourd’hui?
Pour aborder cette question, Frédéric Mira, directeur du groupe de la Rénovation Durable et de l’Innovation chez I3F propose un retour d’expérience sur la commande d’I3F en Île-de-France. Frédéric Mira apporte un éclairage sur la politique de rénovation menée par I3F sur son parc et sur les perspectives d’évolution de la commande, au regard de la crise sanitaire que nous traversons.
David Javaudin, responsable de programme chez Habitat et Humanisme, prend ensuite la parole. Habitat et Humanisme est une association fondée il y a plus de 25 ans dans la région lyonnaise, aujourd’hui nationale, qui mène des réhabilitations pour des demandes très sociales, dans des communes carencées en logements sociaux, dans une recherche d’équilibre, d’harmonie pour implanter des logements type PLAI. David Javaudin présente les spécificités de ces commandes et le consensus à construire avec les mairies pour réhabiliter.
Enfin, Olivier Waintraub, directeur général chez Nexity, aborde les enjeux de la réhabilitation pour un promoteur immobilier. Certes il y a de moins en moins de foncier disponible en Île-de-France et de plus en plus cher ; mais au-delà de ces considérations, la réhabilitation permet d’offrir une autre valeur au logement, y compris pour un bâti ordinaire.
Dans une logique de réduction de coût et de massification de la rénovation énergétique, il est tentant de réduire le temps consacré par la maîtrise d'oeuvre au diagnostic. Pour la maîtrise d'ouvrage, un diagnostic coûteux est un risque, risque d'avoir un bon diagnostic sans phase d'exécution. Le temps passé au diagnostic peut également être incompris puisque les bâtiments paraissent parfois si similaires.
Le diagnostic apparaît donc comme un investissement, en temps, en matière grise, en analyse, en connaissance. Pour illustrer cet enjeu, trois professionnels portant une attention particulère aux phases de diagnostic sont invités à témoigner. Ces professionnels ont conscience de travailler sur des situations et des bâtiments uniques ... peut-être leur démarche fait-elle de chaque situation un cas unique ?
Katya Samardzic, conseillère architecture à la Direction Régionale des Affaires Culturelles d'Île-de-France, conclut cette matinée en rappelant l'enjeu de la prise en compte globale de la qualité architecturale dans les projets de rénovation énergétique.
Dans le cas d’une opération de construction de logements neufs, les besoins des usagers sont supposés, profilés. Mais qu’en est-il dans un immeuble d’habitation déjà construit et habité ? Comment prendre en compte les besoins de ceux qui habitent les logements qui vont être transformés ? Quand réhabiliter devient une nécessité, comment est évaluée voire mesurée la qualité d’usage du logement avant et après travaux ? Prendre en compte l’ensemble des dimensions de la qualité de l’habitat est primordial afin d’adapter les logements rénovés aux changements climatiques, à l’évolution de nos modes de vie et à la transition démographique.
Solène Mourey, architecte-urbaniste au CAUE de Paris, présente des témoignages d’habitants de bâtiments réhabilités, issus des analyses de l'Observatoire. Peu nombreuses sont les enquêtes recueillant l’avis des occupants une fois le logement transformé. Pourtant ces avis sont précieux car ils nous aident à mieux comprendre où se situe la qualité pour les occupants, et comment la réhabilitation révèle certaines qualités du bâtiment.
Véronique Javelle, architecte, dirigeante de A&M Architecture et A&M Rénovation, présente plusieurs réalisations de rénovation énergétique en milieu occupé de copropriétés privées.
Marian Sypniewski apporte son expertise de la rénovation en site occupé, en l’illustrant par un cas particulier : la rénovation de la cité jardin Henri Sellier au Pré-Saint-Gervais.
Enfin, Alexandre Neagu, architecte, enseignant à l’Université Paris-Nanterre, chercheur au Centre de Recherche sur l’Habitat, apporte un éclairage sur l’évolution des besoins et usages du logement ainsi que les défis à venir dans la réhabilitation du parc privé et social.
Intervention d'Alexandre Neagu, architecte, doctorant et enseignant à l’Université de Paris Nanterre, UMR LAVUE - Centre de Recherche sur l’Habitat (CRH)
La transformation du bâtiment a ensuite été abordée sous un angle plus technique, considérant le bâtiment et les éléments qui le composent comme une ressource. La réhabilitation valorise cette ressource, en l’adaptant à de nouveaux usages, à de nouveaux besoins. Encore faut-il que le bâtiment ait la capacité de se transformer, pour s’adapter aux normes actuelles de confort. Les façades peuvent être déposées, reposées, la trame constructive peut devenir opportunité ou contrainte, en cas de changement d'affectation.
Dans cette seconde table ronde, il a surtout été question de transformation de bureaux en logements : quels sont les atouts des bâtiments de bureaux pour créer du logement ? Comment s’appuie-t-on sur les systèmes constructifs en place, que ce soit l’enveloppe ou la structure, pour proposer du logement adapté aux normes actuelles de confort ?
Pour introduire cette table ronde, Cloélia Perreau, architecte au CAUE du Val-de-Marne expose le projet de Transformation de bureaux en logements à Charenton-le-Pont. Nicolas Croixmarie de l’agence Croixmariebourdon Architecture, présente ensuite un projet de transformation de bureaux en logements, livré en 2020 à Pantin, près du canal de l’Ourcq.
Il nous explique l’impact sur les plans, les typologies et les distributions de logements du système constructif en place.
Patrick Rubin intervient enfin pour présenter le projet de transformation du 58-66 rue de la Mouzaïa dans le 19ème à Paris. Ce projet ne peut pas passer inaperçu, tant sa façade en béton brut est remarquable. Entre conservation et transformation, Patrick Rubin aborde les spécificités de ce projet, puis ouvre le débat en évoquant les perspectives qu’il souhaite engager sur ce type de projet, visant à généraliser la transformation de bâtiments existants avec des coûts abordables.